SYLVANUS FOREVER !

15 septembre – 15 octobre 2025 :
Mois des martyrs et prisonniers politiques du Togo

35 ans, 5 mois, 8 jours après l’assassinat de Sylvanus OLYMPIO lors du putsch du 13 janvier 1963 au Togo, surviennent les massacres de centaines de martyrs à l’occasion de l’élection présidentielle du 21 juin 1998 à laquelle se présente, pour la première fois comme candidat, le fils de Sylvanus, Gilchrist OLYMPIO.

Alors que l’année 1998 est dominée par la préparation de l’élection présidentielle qui se tient le 21 juin, pour la deuxième fois depuis la fin du régime de transition mis en place par la Conférence nationale souveraine de juillet-août 1991, le Togo vit un climat politique des plus tendus.

Arrivé à terme échu, le poste du président de la République doit être renouvelé après avoir été pourvu pour la première fois dans les conditions controversées de la grave crise politique ayant marqué la mascarade d’élection présidentielle du 25 août 1993 qui, boycottée par les partis de l’opposition, a vu EYADEMA, resté seul candidat en lice, être déclaré « vainqueur » à la fin de sa tenue.

Depuis lors, surpris par la victoire du CAR et de l’UTD, les deux partis se réclamant de l’opposition aux élections législatives de février 1994, EYADEMA a entamé une reconquête de son contrôle sur toutes les institutions du pays en faisant main-basse sur les 3 sièges de députés qu’il avait auparavant malicieusement fait invalider au lendemain de ces législatives de 1994. Cela, à l’occasion d’élections législatives partielles tenues l’année 1996 qui lui ont ainsi permis de s’arroger une courte majorité à l’Assemblée nationale.

C’est dans ce contexte que le scrutin présidentiel du 21 juin 1998 est appelé à se tenir avec un enjeu d’autant plus important qu’il enregistre la présence comme candidat d’une coalition de partis de l’opposition de Gilchrist OLYMPIO dont la popularité à l’époque reste plus que jamais dopée par son statut de rescapé de l’attentat de Soudou du 5 mai 1992 et surtout de fils du Premier président togolais Sylvanus OLYMPIO qui se présentait pour la première fois à un scrutin présidentiel.

Face à la grande et grave incertitude régnant sur l’ensemble des rapports, les tuteurs étrangers s’annonçant comme facilitateurs de la recherche d’une solution à la crise sociopolitique togolaise ont cru avoir tout réglé en plaçant l’ensemble du processus électoral sous leur contrôle au moyen d’une Mission de supervision de l’Union Européenne.

Mais, la tenue de l’élection présidentielle n’a pu que donner lieu à de nouvelles graves violences et violations massives des droits de l’Homme ayant secoué et endeuillé le pays avant, pendant et après le scrutin.

Quant au scrutin même de ce 21 juin 1998, bien que marqué par des fraudes massives, au vu de tous les observateurs et journalistes présents ayant assisté au dépouillement, Gnassingbé EYADEMA a été clairement battu par son adversaire Gilchrist OLYMPIO.

Puis, alors que la Commission électorale nationale (CEN) allait proclamer les résultats, survient ce spectaculaire coup de théâtre : EYADEMA, par un unilatéral coup de force, décrète sa dissolution, pousse par des menaces Mme Awa NANA, sa présidente, à prendre les chemins de l’exil et se fait proclamer « élu » à la tête de l’Etat togolais par Séyi MEMENE, le Ministre de l’Intérieur de l’époque, qu’il charge, au pied-levé, de la proclamation de ces résultats frauduleux. Les superviseurs étrangers se désengagent par une litote qui fait date en proclamant que « le scrutin est sorti de son cadre légal »

Face au scandale, la population n’accepte pas et s’insurge, dresse ici et là des barricades et tente de résister !

Mais, la répression du régime d’EYADEMA est plus féroce que jamais : les arrestations sont massives, les assassinats, crimes et exactions de la soldatesque du régime d’EYADEMA innombrables, les blessés et disparitions ne se comptent plus, cela, même jusque dans les rangs de forces de défense et de sécurité où les faux résultats qui ne passent pas donnent lieu aux arrestations, exécutions sommaires et autres disparitions…

La crise politique s’approfondit dans tous les sens notamment avec des responsables des partis de l’opposition qui se déchirent en cherchant à faire payer à Gilchrist OLYMPIO sa trop grande popularité d’alors qu’ils ne sont jamais arrivés à avoir et qui a conduit à tordre le cou aux vrais résultants du scrutin.

Tout au long du reste de l’année 1998, les crimes politiques ne cessent de se multiplier poursuivant les violences qui ont marqué l’élection présidentielle du 21 juin 1998 comme c’est le cas de ceux-ci :

  • Liman DOUMONGUE, syndicaliste, assassiné à Lomé dans la nuit du 28 au 29 août 1998
  • Koffi Mathieu KEGBE, responsable du CAR dans le canton de Sendomé (Préfecture de Yoto), lâchement assassiné par des miliciens du RPT, dans la nuit du mardi 29 au mercredi 30 septembre 1998

Puis, quelques mois plus tard, Amnesty International, au terme d’une enquête minutieuse conduite sous la houlette de son incorruptible dirigeant Pierre SANE, publie, le 5 mai 1999, sous le titre « Togo, Etat de terreur », un Rapport qui fait cette terrible révélation : « Plusieurs centaines de personnes, parmi lesquelles figuraient aussi bien des civils non armés que des soldats (ont été) exécutés de manière extrajudiciaire par les forces de sécurité au Togo avant, pendant et après l’élection présidentielle  du 21 juin 1998 ».

On lit notamment ceci dans ce Rapport :

« En juin 1998, pendant la campagne pour les élections présidentielles, et après la proclamation des résultats, des centaines des personnes, dont des militaires, ont été exécutées de manière extrajudiciaire. Des corps ont été retrouvés sur les plages au Togo et au Bénin, des cadavres ont été vus en haute mer durant au moins quatre jours au large du Bénin. Au cours de sa mission d’enquête, la délégation d’Amnesty International a eu la possibilité d’interroger de nombreuses personnes dont des pêcheurs béninois et togolais ainsi que des agriculteurs togolais qui travaillaient dans des champs. Les personnes interrogées ont toutes fait état de mouvements inhabituels d’avions et d’hélicoptères survolant parfois à très basse altitude en haute mer. Des anciens militaires, membres du régiment paracommando, réfugiés au Bénin, ont reconnu à son bruit caractéristique l’avion de marque Buffalo. D’autres personnes interrogées ont également indiqué que des corps avaient été retrouvés, sur les plages, peu de temps après le passage d’avions. Un des pêcheurs a fait le récit suivant : “A huit kilomètres de la plage à Agué [au Bénin], des centaines de corps flottaient en haute mer” ; d’autres témoins ont confirmé que des corps ont été vus pendant trois jours au même endroit. Un autre pêcheur a complété l’information pour préciser “ quand j’ai tiré les filets, j’ai trouvé un cadavre au milieu des poissons; certains cadavres avaient des menottes et d’autres portaient des uniformes”. D’autres pêcheurs notamment à Grand popo, au Bénin, nous ont communiqué les mêmes informations et précisaient que les victimes portaient des impacts de balles et que certains militaires portaient également des menottes.

Dans les endroits dont Agbodrafo, Kpémé, et Aného situés sur la côte togolaise dans la préfecture des Lacs et non loin de l’hôtel “ Tropicana” 1, d’autres personnes ont également confirmé que “ des corps, dont certains portaient des menottes gisaient sur les plages”. Une des personnes interrogées a remarqué qu’une des victimes portait un bandeau autour du bras. Cet indice (signe de ralliement de l’opposition appelant à manifester) ainsi que les menottes aux mains des victimes, le bruit des avions et des hélicoptères entendus par les personnes interrogées et survolant à très basse altitude sur la mer ne laissent aucun doute quant à l’identité des responsables de ces exécutions extrajudiciaires. Au Togo, seules les forces de sécurité possèdent des avions, de marque Buffalo, des hélicoptères et des menottes. »

(Amnesty International, Togo, Etat de terreur, 5 mai 1999, page 23)

Et Amnesty International de rapporter ce témoignage qu’il a pu recueillir auprès d’un autre rescapé :

« Le 28 juillet 1998, plusieurs personnes portant un bandeau rouge ou des vêtements de couleur bordeaux (un signe de ralliement attribué à l’opposition), qui appelaient à une manifestation, ont été arrêtées et battues par les forces de sécurité. Plusieurs d’ entre elles sont mortes des suites de ces coups. Un rescapé qui a été libéré après avoir été maltraité dans un camion des forces de sécurité a confié à Amnesty International :

“ J’étais sur mon vélo quand j’ai vu des cadavres au bord de la route, j’ai interrogé les passants qui se trouvaient autour quand les militaires m’ont interpellé et m’ont jeté dans un camion, ils m’ont mis au milieu comme un ballon de football et m’ont battu en donnant des coups de pied, des coups de poings et des coups de crosses. Trois personnes ont été battues dans ces mêmes conditions devant moi et elles en sont mortes. Leur corps ont été déposés au bord de la route”. (ibidem, pages 20-21)


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